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Dominique Franco : Chirurgien, Chercheur et Innovateur


Est-il possible d’être à la fois chercheur et entrepreneur passionné ? Le professeur Dominique Franco nous fait part de son expérience et évoque la signification concrète et moderne de l’innovation dans le domaine médical en France.


 

Dominique Franco est professeur Émérite de chirurgie digestive à l’université Paris-Saclay. Il a dirigé le service de chirurgie hépatique à l’hôpital Antoine Béclère jusqu’en 2009 et a participé à la première greffe de cellules hépatiques en Europe. Après 2 ans de recherches en immunologie de la transplantation à l’université d’Harvard, il a rejoint l’Inserm pour un an avant de se lancer dans le projet BioFabrication. En parallèle de ses activités médicales, il a dirigé un master de « sciences chirurgicales » ainsi que différents programmes de recherche clinique au Ministère de la Santé et à l’ANSM. Il a été vice-président du pôle de compétitivité santé Medicen en Île-de-France de 2008 à 2014. Il fait maintenant partie du comité scientifique de 3 startups, et la plupart de ses activités sont liées à l’innovation. Dominique a rejoint l’Institut Pasteur en 2014 pour coordonner un programme de cours en ligne, un programme de sensibilisation à l’entrepreneuriat, ainsi qu’un programme de doctorat en médecine et sciences.


En tant que doctorante en chimie, la majorité de mon temps est consacrée à l’étude des petites molécules, dont les mystères m’ont toujours fascinée. Cependant, ce qui m’importe aussi est l’impact des découvertes de ce domaine à l’échelle de la société. Par conséquent, je suis particulièrement intéressée par la liaison entre science et entreprenariat, à laquelle je souhaite consacrer ma future carrière. Quelle meilleure opportunité que celle d’un entretien avec un expert en la matière afin d’avoir un aperçu de ce qui m’y attend ? Je vous présente donc ma discussion avec le professeur Dominique Franco, un exemple pour moi, jonglant entre recherche fondamentale, carrière médicale et gestion de diverses start-up.

C: Commençons par le tout début. Quelle était votre ambition de carrière quand vous étiez adolescent ?


D: Au départ, je voulais devenir architecte. Mais quand le moment est venu de prendre une vraie décision, j’ai été inspiré par mon père, qui était chirurgien, et j’ai décidé de devenir médecin. Après mes deux premières années d’études de médecine, j’ai eu la chance de rencontrer un jeune chirurgien qui m’a fait découvrir le monde de la recherche. Cet évènement a constitué une grande opportunité pour moi et a eu une influence majeure sur la suite de ma carrière.


C: Vous êtes à la fois chirurgien et chercheur. A-t-il été difficile de combiner ces 2 aspects de votre carrière ?


D: Concilier ces deux rôles est en effet difficile puisqu’ils requièrent tous deux énormément de temps et de travail. Mais malgré tout, comme j’ai commencé à faire de la recherche très tôt, je n’ai pas trouvé si difficile de continuer sur les deux fronts. Je me souviens que lorsque j’étais interne, je me consacrais à la recherche la nuit et les weekends. Plus tard, j’ai toujours trouvé du temps pour travailler sur des projets de recherche un à deux jours par semaine.


C: Est-il facile d’intégrer ces deux rôles aux Etats-Unis, en comparaison avec l’Europe ?


D: Ça dépend. Dans les universités américaines les plus prestigieuses, un étudiant en médecine est encouragé à faire de la recherche très tôt, mais ce n’est pas le cas partout. J’ai été très chanceux de travailler à la faculté de médecine d’Harvard durant 2 ans au tout début de ma carrière, car cette institution accorde beaucoup de valeur à la recherche en médecine et en chirurgie.


C: Est-ce que votre expérience aux Etats-Unis a changé votre vision de la recherche et vos objectifs ?


D: Oui, assurément. Ça m’a permis de me consacrer 2 ans à la recherche tout en discutant avec des médecins et des chirurgiens en même temps. Cette expérience a changé ma trajectoire de carrière. Si je n’étais pas allé là-bas, je n’aurais jamais fait tout ce travail de recherche que je mène depuis toutes ces années.


C: Mais parlons maintenant de votre passion pour l’innovation. Comment définiriez-vous le terme innovation et quand avez-vous commencé à développer l’innovation en France ?


D: L’innovation est un mot à multiples sens. Il a toujours été utilisé pour parler de quelque chose qui n’a jamais été fait avant, mais dernièrement il a été associé au processus de création de startups. Normalement, les chirurgiens sont des professionnels qui font des choses innovantes, donc l’innovation a toujours été un élément important dans ma vie. Par exemple, quand nous avons fait la première greffe de foie en Europe, nous faisions quelque chose de complètement nouveau. Ensuite, quand j’ai été vice-président du pôle de compétitivité santé Medicen en Île-de-France et que je rencontrais beaucoup de jeunes entrepreneurs, j’ai compris que l’innovation avait un nouveau sens. Cette période est arrivée tard dans ma carrière, mais elle a changé ma vision et m’a amené à penser qu’il est nécessaire de pousser les médecins et chercheurs vers le monde de l’entrepreneuriat pour vraiment améliorer la prise en charge des patients.


C: Actuellement, est-ce facile pour un chercheur de devenir entrepreneur?


D: Le travail de recherche fondamentale demande un état d’esprit totalement différent de celui d’un entrepreneur. Particulièrement dans le sud de l’Europe, les chercheurs ont tendance à penser que la priorité est d’accumuler et approfondir nos connaissances. Ils n’ont pas l’habitude de penser que de nos jours le but ultime de la recherche en sciences de la vie est d’améliorer la vie et la prise en charge des patients. C’est très difficile de leur faire accepter que la meilleure façon de faire progresser la médecine est via l’entrepreneuriat. Les startups sont souvent la source de nouveaux médicaments, vaccins ou outils diagnostiques.


C: Que pensez-vous de l’écosystème des startups en France?


D: La France a été l’un des premiers pays créateurs de startups et, durant la dernière décennie, le gouvernement a fait beaucoup pour aider à la création de nouvelles entreprises. Parfois cette tendance a même été un problème, parce que c’est facile de créer un business mais après cela peut échouer au deuxième ou au troisième tour d’investissement. L’écosystème des startups est plutôt bon en France et des structures comme le pôle de compétitivité santé Medicen et les autres incubateurs sont de bons moyens de mélanger chercheurs et entrepreneurs.


C: Que pensez-vous du fossé qui existe actuellement entre l’industrie et l’académie?


D: La situation est véritablement en train de s’améliorer. De moins en moins de chercheurs ont peur de créer une startup ou de partir dans l’industrie. Cette tendance est probablement due au fait qu’il y a de moins en moins de postes dans les institutions publiques. Mais bon, trop souvent les chercheurs du public continuent de penser que travailler en entreprise signifie arrêter la recherche. Ce n’est pas vrai. Dans une startup vous devez toujours innover de manière à ce que votre produit soit toujours au top de la technologie, ce qui amène à une façon très intéressante de faire de la recherche. C’est pour ça que j’en suis venu à promouvoir l’entrepreneuriat en recherche.


C: Comment vivez-vous l’expérience de faire partie du comité scientifique de 3 startups et de travailler avec des entrepreneurs ? Est-ce que vous pensez que les chercheurs dans ce rôle sont poussés à avoir une approche entrepreneuriale ?


D: Je conseille vivement aux potentiels entrepreneurs du domaine médical d’inclure des médecins dans leurs comités scientifiques parce qu’ils peuvent aider à trouver le véritable but d’une entreprise et à s’adapter aux consommateurs. Deux des trois startups pour lesquelles je fais partie du comité scientifique sont des entreprises que j’ai pratiquement créées conjointement avec les fondateurs. Le but de ces start-ups est d’aider à améliorer des aspects très spécifiques de la médecine. C’est très important pour moi d’être dans ces comités scientifiques et c’est crucial pour les entrepreneurs de discuter avec des médecins parce que ça peut réorienter et modifier la façon dont la recherche est menée. C’est extrêmement intéressant de voir une autre approche qui est si différente de la recherche académique. Les entrepreneurs sont très dynamiques et actifs. Les chercheurs ont besoin d’apprendre à ouvrir leur esprit et c’est quelque chose qui est beaucoup plus courant dans les start-ups que dans les laboratoires académiques.


C: Vous êtes chirurgien, chercheur et innovateur. Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune étudiant qui voudrait intégrer ces 3 aspects dans sa carrière ?


D: Il y a plusieurs conseils. On a créé le programme de doctorat médecine et sciences pour permettre aux jeunes étudiants en médecine de participer aux programmes de recherche très tôt dans leur cursus et d’acquérir une approche plus scientifique de la médecine et de la prise en charge des patients. De nos jours, ce n’est plus possible de pratiquer une médecine de qualité sans connaître les bases scientifiques qui sous-tendent les maladies, les outils diagnostiques, les traitements, la prévention, etc. En effet, j’ai créé un master de recherche pour les chirurgiens pour qu’ils puissent travailler dans de bons labos et comprendre qu’il y a quelque chose en dehors du monde clinique. Je donnerais le conseil aux étudiants de commencer la recherche très tôt, et aux chercheurs de s’habituer à dialoguer avec des médecins.



Cette interview a été révisé par Kyrie Grasekamp et traduit par Marion Rincel. Un remerciement spécial au Professeur Dominique Franco.




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